Qualifiée, compétente et essentielle au réseau : elle affronte pourtant des écarts de repères que personne, en ce moment, n'est chargé de nommer.
Dans plusieurs établissements de santé du Québec, une part croissante du personnel arrive directement de l'international : infirmières et infirmiers recrutés à l'étranger, préposé·e·s aux bénéficiaires, employé·e·s en services alimentaires ou en entretien, étudiant·e·s internationaux occupant un poste en parallèle de leurs études, personnes en tout début de parcours migratoire. Ce sont des professionnel·le·s qualifié·e·s et compétent·e·s, recruté·e·s précisément parce que le réseau a besoin de leurs compétences. Mais leur arrivée les place, du jour au lendemain, dans un environnement à la fois hautement réglementé, humainement exigeant et culturellement codé, et rarement les trois en même temps ailleurs.
Le premier écart n'est pas celui qu'on croit. Ce ne sont pas les compétences cliniques qui manquent : ce sont les façons de les exercer ici. Un geste, un protocole, une norme peuvent différer légèrement de ce qui a été appris dans le pays d'origine, ce qui exige un temps d'ajustement et un accompagnement additionnel : pas parce que la compétence de base fait défaut, mais parce que le contexte d'exercice a changé.
Le deuxième écart touche des repères plus discrets, mais tout aussi structurants : la gestion du temps, le rapport à l'autorité, l'attitude attendue en milieu de travail. Une société où l'on valorise la communication directe suppose qu'on pose une question dès qu'un malaise apparaît. Pour une personne arrivée d'ailleurs, nommer ce malaise, ou même simplement poser la question, n'est pas toujours un réflexe naturel, et le silence qui en résulte est souvent mal interprété comme un désintérêt ou un manque de rigueur, alors qu'il traduit plutôt une hésitation culturelle face à une norme de communication différente.
Une posture plus réservée, un rythme d'adaptation plus lent : replacés hors de leur contexte culturel, ces comportements sont fréquemment mal lus par des collègues ou des gestionnaires qui n'ont pas les clés pour les décoder. Et le milieu, lui, porte ses propres exigences implicites : la relation avec une clientèle québécoise, les normes d'hygiène et de proximité, une série de codes sociaux qui ne sont jamais écrits nulle part. Sans explication claire, adaptée au contexte, ces attentes deviennent des sources de malentendus à répétition.
Il faut ajouter à cela une réalité plus difficile à nommer : certaines personnes accueillies dans les établissements de santé réagissent négativement à la diversité, expriment des préjugés ou adoptent des comportements discriminants, consciemment ou non. Le personnel issu de l'international se retrouve alors dans une position exigeante sur le plan émotionnel : garder une posture professionnelle, continuer à donner des soins de qualité, malgré des paroles ou des gestes blessants. Cette maturité émotionnelle et cette résilience ne devraient pas être présumées ou laissées à la seule volonté individuelle : elles devraient être reconnues et soutenues comme faisant partie intégrante du travail d'intégration.
Ce qui manque, le plus souvent, ce n'est donc ni la compétence, ni la bonne volonté. C'est la présence, à l'interne, de personnes outillées pour transmettre ces repères de façon simple, humaine et adaptée, dès les premières semaines, avant que les malentendus ne s'accumulent et ne fragilisent une intégration qui, autrement, avait toutes les chances de réussir.
Parlons de votre établissement et de ce que cette pratique changerait chez vous.
Nous écrire →